Né en 1873, Serge Rachmaninov consacra le plus clair de sa vie à sa carrière de pianiste virtuose, dans la grande tradition romantique directement héritée du XIXème siècle. Formé aux conservatoires de Saint-Pétersbourg et de Moscou, il émigrera aux Etats-Unis après la révolution d’octobre. Son œuvre se compose essentiellement de pièces écrites pour son usage propre, d’une grande virtuosité pianistique, dans un style post-romantique non dépourvu d’une certaine sentimentalité, dont certaines (en particulier ses deuxième et troisième concertos pour piano) ont rencontré une popularité énorme, et dont l’inspiration mélodique sombre et angoissée est profondément marquée par son tempérament slave et dépressif. Ses incursions dans d’autres genres furent plus difficiles : sa musique symphonique ne rencontra pas le succès de la critique, et une partie de sa musique de chambre restera totalement inconnue jusqu’à son décès en Californie en 1943. Ecrit en 1892 à Moscou par un jeune compositeur de 19 ans, le premier trio élégiaque, pièce relativement brève et sans grande ambition, est composé d’un seul mouvement formé de douze épisodes enchaînés : il débute par un lento lugubre qui s’anime au fur et à mesure du développement des tableaux, culminant en un risoluto central. On parcourt ensuite symétriquement le chemin inverse et l’œuvre s’achève par une marche funèbre. Le piano, dont la partie est prédominante, y sonne comme un glas et remplit tout l’espace sonore, laissant aux cordes un rôle plus mélodique.
Clara Schumann est sans doute la figure féminine la plus attachante de l’histoire de la musique. Femme d’un caractère exceptionnel, pianiste exceptionnellement douée, audacieuse et virtuose mais aussi musicienne sensible et poétique selon les dires de ses contemporains, elle est bien éloignée de l’image des femmes soumises et effacées de son siècle. Fille du professeur Friederich Wieck, célèbre pédagogue du piano, elle n’a que huit ans lorsqu’elle fait la connaissance de Robert son futur époux (lui en a 17) qui vient prendre des leçons chez son père. Ce dernier s’oppose aux demandes en mariage répétées que Schumann présentera à partir de 1837, et il faudra un procès pour que les deux musiciens puissent enfin convoler en 1840. De ce couple très amoureux naîtront huit enfants qui ralentiront sans doute l’activité musicale de leur mère, sans pourtant l’arrêter complètement. Créatrice d’une grande partie des œuvres pianistiques de son mari, Clara mènera après sons veuvage (1856) une carrière de virtuose internationale à travers l’Europe entière, et nouera avec Johannes Brahms, de 14 ans son cadet, une relation très proche centrée sur la musique, assumant le double rôle d’égérie et de conseillère. Egalement professeur de piano au conservatoire de Frankfort, elle s’attachera à faire éditer avec grand soin l’œuvre complète de son mari. Sa musique, assez curieusement, fait plus penser à celle de Mendelssohn, fluide et respirant le bonheur, qu’à celle de Robert Schumann, plus sombre et tourmentée. Il s’agit essentiellement de pièces pour piano seul ou de lieder, mais on y trouve aussi un concerto, trois romances pour piano et violon, et notre trio opus 17 composé en 1846, lui aussi proche des trios de Mendelssohn, avec une partie de piano dominant les deux autres instruments, une réelle inspiration mélodique et un charme romantique très séduisant.
Claude Jottrand
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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) Trio élégiaque n°1
Clara Schumann (1819-1896) Trio pour violon, violoncelle et piano en sol mineur, op.17 Allegro Moderato Scherzo - Tempo Di Menuetto Andante Allegretto |