D’une écriture assez dense, l’Adoramus te à 6 voix est une des quatre pièces de Monteverdi publiées en 1620 dans le recueil de son ancien élève Giulio Cesare Bianchi, Libro primo de motetti in lode d’Iddio nostro signore. Le texte de cette composition brève et solennelle – en fait un répons pour le Vendredi Saint – était fréquemment utilisé au XVIIème siècle pour chanter des motets pendant l’Elévation. Alternant l’écriture à 6 voix puis 3 ou 4 voix en utilisant soit les voix les plus graves, soit les plus aiguës, il utilise cette palette de couleurs pour illustrer l’adoration du Christ. Monteverdi conclue la pièce avec une rythmique plus lente, proche du début de la pièce (adoramus te – nous t’adorons), créant une douce quiétude avec la conclusion de ce texte : «Misere nobis» (Prend pitié de nous).
Le Lamento della Ninfa est l’une des pièces les plus célèbres de Monteverdi. Il est considéré comme un des plus beaux lamenti de l’époque baroque avec le Plorate Israël de l’oratorio Jepthé de Carissimi. Monteverdi fait de la partie centrale une petite scène dramatique : la voix solo, celle d’une nymphe se lamentant, est accompagnée d’un groupe de trois hommes qui commentent les faits à la manière du chœur dans la tragédie antique. Pour la première fois dans l’histoire de la musique, il utilise pour la basse obstinée le tetrachorde descendant, qu’on appelle désormais « basse de lamentation ». Autre innovation et preuve du génie de Monteverdi est la note qui accompagne cette pièce et qui donne une indication plus que précieuse pour l’interprétation et même la spatialisation de cette pièce : « Manière d’exécuter ce chant : les trois voix qui chantent en dehors du lamento de la Nymphe sont mises à part parce qu’elle doivent être chantées en mesure battue ; les trois autres voix qui plaignent la Nymphe à voix basse sont portées sur la partition de façon à ce qu’elles suivent la plainte de celle-ci, laquelle doit être chantée selon le mouvement des sentiments et non en mesure battue »
Monteverdi semble avoir été tout à fait étranger au domaine de l'oratorio. C'est à Rome que le genre apparaît. Dès 1600, Emilio de Cavalieri y faisait jouer la Rappresentatione di Anima e di Corpo, véritable pièce théâtralisée mettant en scène les conflits de l'âme et du corps, l'un et l'autre sollicités par les plaisirs terrestres et conseillés par les anges. Dès les années 1620, les Romains découvrent aussi l'opéra. C'est d'ailleurs à Rome, après les spectacles uniques de la cour de Mantoue qui avaient vu naître les premiers ouvrages lyriques de Monteverdi (Orfeo en 1607, Ariana en 1608), que l'opéra connaît une première ère de succès. L'entourage de la papauté et des cardinaux se passionne pour le genre et très rapidement les principes expressifs et théâtraux de l'opéra influencent l'écriture des pièces religieuses. De là à transposer les modes d'écritures de l'opéra vers la musique d'inspiration sacrée, il n'y a qu'un pas que franchissent allègrement tous les compositeurs romains de l'époque, Stephano Landi, les frères Mazzochi, Marco Marazzoli et surtout Giacomo Carissimi. Jepthé est sans conteste l'un des oratorios les plus parfaits de Carissimi. Général israélite, Jepthé avait promis à Dieu de sacrifier la première personne qu'il rencontrerait à son retour, s'il revenait victorieux des Ammonites. Le début de l'oratorio illustre les combats. Les Ammonites sont vaincus et Jepthé rentre victorieux. C'est sa fille qui l'accueille avec enthousiasme. Jepthé est contraint d'annoncer à sa fille le serment qui le lie à Dieu. Celle-ci accepte le sort qui lui est destiné. Son chant est l'un des plus beaux lamenti de l'époque baroque. C'est le choeur qui conclut l'oratorio, amplifiant le sentiment d'abnégation et de tristesse qui avait envahi de la fille de Jepthé.
Lionel Meunier
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Claudio Monteverdi (1567-1643) Adoramus te a sei voci
Lamento della Ninfa
Giacomo Carissimi (1605-1674) Historia di Jepthe
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