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back MAR 17.08 2010 next
M Eglise des Minimes
Psallentes
Hendrik Vanden Abeele direction

Pieter Coene
Adriaan De Koster
Govaart Haché
Sander Le Roy
Peter Maus chant
Philippe Souvagie
Hendrik Vanden Abeele direction
Photo
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A travers sa production Gesta Sancti Lamberti, Psallentes s’attaque de concert à trois sujets différents, chacun plus passionnant l’un que l’autre : l’Office de Saint-Lambert que l’évêque Etienne de Liège (Stephanus en latin) rédige autour de 900 ; les stéréotypes d’une vie sainte tels qu’ils peuvent apparaître dans une Vita du neuvième siècle ; et un magnifique antiphonaire de la ville néerlandaise d’Utrecht, datant du douzième siècle.

Faisons du dernier sujet cité le premier : ce manuscrit est la plus ancienne œuvre liturgique annotée à peu près complète que l’on ait conservée aux Pays-Bas. Le codex date donc principalement du douzième siècle, mais contient également quelques fragments postérieurs, allant jusqu’au quinzième siècle. Rédigé dans le style calligraphique magnifique et d’une grande finesse typique de la région rhénane, il impressionne par les nombreuses formes de neumes qu’il contient. La facture de ces neumes est la fameuse écriture néerlandaise, comme le montrent souvent d’autres sources provenant de la région correspondant aux actuels Pays-Bas, une partie du territoire belge et l’extrême Ouest de l’Allemagne. L’orientation verticale et non diagonale des neumes est l’une des principales caractéristiques de cette notation, ce qui la distingue du type allemand. L’évolution des deux typologies mènera plus tard à la Hufnagelschrift, la notation gothique.

De nombreux saints ont été honorés tout au long du cycle liturgique, et ce de manières bien diverses. Pour certains, il s’agit de simples cérémonies commémoratives. Pour d’autres en revanche, des compositeurs ont créé des cycles entiers de chants grégoriens, qui se concentrent parfois sur certains événements de leur vie sainte – connaissant variations et mises en exergue spécifiques en fonction des traditions des différents évêchés. Les chants grégoriens composés dans ce contexte comportent souvent une connexion textuelle importante avec une ou plusieurs des Vita, qui décrivent toutes sortes de faits autour de la vie, des vertus et de la mort des saints.

Nous pouvons illustrer nos propos à travers l’exemple d’un saint « belge » du dix-septième siècle : Lambert (ca. 630 – ca. 700). Il faudrait attendre deux cents ans après la mort de Lambert (évêque de Maastricht, assassiné dans des circonstances douteuses) pour qu’Etienne, évêque de Liège, écrive un office (cycle de chants) en hommage à Saint-Lambert. Les textes de ce cycle sont basés sur une Vita, probablement écrite elle aussi de la main d’Etienne, bien qu’il se soit auparavant aussi inspiré d’une Vita antérieure anonyme. Comme il est de coutume dans les descriptions de vies saintes, l’auteur du Gesta Sancti Lamberti présente la sainteté de son objet d’une façon aujourd’hui facilement reconnaissable, à savoir truffée de toutes sortes de stéréotypes hagiographiques. De là notre questionnement sur la mesure dans laquelle le récit restitue certains faits historiques concrets. Nous ne le saurons jamais – quelle information historique nous parvient-elle éclairée à quelle lumière hagiographique – mais nous tentons réellement de nous représenter Saint-Lambert debout, priant au creux de la nuit, nu dans la neige...

Psallentes présente aujourd’hui une nocturne (sur trois) de l’Office de Saint-Lambert, dans lequel chaque responsorium (réponse) est précédé d’un fragment de la Vita en question. Pour exprimer ces fragments par la musique, Psallentes entre dans le domaine de l’expérimental en combinant des formes traditionnelles et moins traditionnelles de récitation. Le tout se matérialise en un projet qui, compte tenu du potentiel créatif de la pratique d’exécution du Grégorien, constitue un véritable défi.

L’ensemble Psallentes s’était par le passé déjà penché attentivement sur le travail d’Etienne de Liège, dans le cadre du projet Memorabilia, dont le sujet était l’Office de la Sainte Trinité. L’ensemble avait utilisé pour ce programme un manuscrit gantois datant du quinzième siècle. Ecrit en notation carrée noire et longue, ce dernier ne possède pas les nombreuses subtilités du manuscrit que l’ensemble utilise aujourd’hui. La manière de chanter s’en trouve modifiée : un chant plus doux peut-être, plus fluide, plus rapide aussi. Voilà qui ouvre également la voie d’une récitation intense et collective des textes hagiographiques, un brin « hors piste ». En effet, sa texture à moitié improvisée et quelque peu impressionniste affûte et rafraîchit les oreilles.


Hendrik Vanden Abeele
Gesta Sancti Lamberti

Etienne de Liège (ca 850-920)
Antiphona “Magna vox”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Antiphona “Orbita solaris”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Antiphona “Hic fuit”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Antiphona “Sed post ut fidei”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Lectio “Hic puerulus”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Responsorium “Gloriosus martyr”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Lectio “Quamvis juvenis”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Responsorium “Sanctus Lambertus”

Etienne de Liège (ca 850-920)
“Postquam Teodardus”

Etienne de Liège (ca 850-920)
Responsorium “Sanctum Dominum Lambertus”