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C Conservatoire
QUATUOR TERCEA
Claire Bucelle violon
Anne Camillo violon
Céline Tison alto
Pauline Buet violoncelle
Photo
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Mars 1824 : Schubert a achevé il y a peu sa Belle Meunière, et avant de se remettre au lied, le genre qu’il pratiqua toute sa vie et qui constitue en quelque sorte la colonne vertébrale de son œuvre musicale, il compose simultanément deux quatuors, tous deux d’une égale humeur tragique.
De nombreuses lettres datant de cette époque nous montrent un Schubert sombre et mélancolique, loin de ses amis, en proie à de graves problèmes de santé, et à ses sempiternels problèmes d’argent. Il remplit les pages de son journal des plus moroses délectations de la neurasthénie ; mais cela ne l’empêche pas de se lancer avec une exaltation fiévreuse dans la composition : je me suis essayé à plusieurs œuvres instrumentales : j’ai écrit deux quatuors et un octuor ; je veux m’ouvrir ainsi la voie de la musique symphonique.
Fait assez inhabituel, Schubert va attendre longtemps avant de terminer la partition, qui ne sera créée qu’en janvier 1829, la reprenant pour la laisser plusieurs fois inachevée, de sorte qu’on ignore si le deuxième mouvement de la Jeune Fille et la Mort, variation sur le thème du lied éponyme, fut écrit avant les autres, comme c’est probable, et devrait donc dicter son humeur funèbre à l’ensemble de la pièce, ou si au contraire, il faut y voir quatre mouvements de caractères différents, voire opposés, comme pourrait l’indiquer la diversité des cellules rythmiques utilisées, ainsi que les changement de tonalités, l’hypothèse étant alors que Schubert aurait composé ces mouvements séparément, pour les réunir ultérieurement en un unique quatuor.
Depuis longtemps, ré mineur est pour Schubert (pour Mozart aussi, avant lui) la tonalité de la mort, celle du lied La Jeune Fille et la Mort qu’il a composé dès 1817 sur un poème de Claudius, et dont il va se servir ici pour le deuxième mouvement (mais en le transposant curieusement en sol mineur, la tonalité du Roi des Aulnes, dont certains éléments thématiques apparaissent aussi dans le quatuor).
La pensée de la mort comme compagnon (le mot est masculin en allemand) familier et consolateur, parcourt d’ailleurs toute l’œuvre de Schubert comme un leitmotiv. La mort prématurée du compositeur, à l’âge de 31 ans seulement, ne fait d’ailleurs que renforcer ce sentiment, pour l’auditeur qui considère l’œuvre de Schubert a posteriori, en ayant connaissance de son destin tragique. Ce thème de la mort, rendu par un rythme obsédant, comme une marche ou plus simplement comme le battement du cœur, allié à la pureté de la ligne mélodique semble, dans la musique de Schubert, le reflet d’un débat intérieur, au cœur même de l’être, entre l’appel de la vie, une certaine fougue juvénile et la séduction des ténèbres associée à une réflexion métaphysique. Cette tension permanente, entre l’expansion mélodique et l’implacable structure rythmique, entre la rigueur de la forme et la liberté totale de la rêverie, tension dont la nature est tour à tour le reflet ou au contraire une source d’apaisement, est également au cœur même du romantisme germanique.
Reçu avec réticences même par les proches de Schubert, le quatuor, refusé chez Schott, ne fut jamais édité du vivant du compositeur, et parut finalement chez Czerny, en 1832 seulement.


Claude Jottrand
Franz Schubert (1797-1828)
Quatuor n°14 en ré mineur “La Jeune Fille et la mort”, D.810
Allegro
Andante con moto
Scherzo: Allegro molto
Presto