Né le 2 juin 1715 à Liège dans une famille de corbusiers (cordonnier), Herman-François Delange est admis dès 1723 à la maîtrise de la Collégiale Saint-Martin-en-Mont où débute sa formation musicale. Huit ans plus tard, sa voix ayant fatalement mué, il entre au Collège des Jésuites à Saint-Martin et y apprend le violon. Ses études terminées, il obtient une bourse de la Fondation Darchis afin de poursuivre ses études à Rome. Les dates exactes de son séjour demeurent assez floues et se situent entre 1734 et 1741. Une grande partie des archives de la fondation ayant été détruites lors de la révolution de 1795, notamment la liste des pensionnaires du Collège, son nom n’apparaît dans les registres qu’en 1741 année à laquelle il est sensé être rentré à Liège. Quoiqu’il en soit, il fit ce voyage et séjourna à Rome au «Collège Liégeois» de la Fondation Darchis. Lambert Darchis (1625-1699), agent de la Cour des Princes Evêques de Liège et scripteur de la Curie à Rome avait amassé une fortune considérable qu’il consacra par voie testamentaire à l’acquisition d’un hospice destiné à héberger de jeunes concitoyens s’étant distingués par leur aptitudes pour les sciences ou les arts afin qu’ils complètent leur formation dans la ville éternelle.
A Rome, Delange étudie le contrepoint et la fugue auprès de l’abbé Giovanni Baptista Costanzi, dit Giovanni di Roma, maître de chapelle du Collège Germanique de Santa Maria dell’Anima et à Saint-Pierre. Son stage terminé, il se rend à Naples alors un des hauts lieux de la musique en Europe. On y trouvait de nombreux séminaires de musique dont les plus réputés étaient ceux de la Pietà dei Tarchini, de San Onofrio, des Poveri di Gesù Cristo et de Santa Maria di Loreto où professait Francesco Durante considéré comme chef de file de l'âge d’or de l’école napolitaine moderne dont sont issus des compositeurs tels que Pergolesi, Jommelli, Piccinni… Les informations concernant ces quelques années passées en Italie manquent cruellement: on ne sait malheureusement rien de ce qu’il y entendit, ni de qui il y rencontra, on ne peut qu’en supposer l’essentiel mais il est évident que son orientation musicale fut indéniablement et profondément influencée par ce voyage. Il n’a pu passer à côté de l’expressivité colorée de la musique de Durante, de Leo ou encore de Porpora qui dominait alors la capitale napolitaine. Son style en est profondément marqué et les oeuvres qu’il nous a laissées témoignent toutes de cette empreinte musicale, particulièrement ses sonates, ouvertures et symphonies qui s’apparente à la sinfonia italienne tel que que la cultivaient Sammartini et les petits maîtres napolitains. La lecture du Traité des agrémens de la musique de Tartini, édité par P.Denis à Paris en 1771, montre également une parenté étroite avec le style des sonates de Delange, notamment dans les formules de cadences et les ornements.
Herman-François Delange nous a laissé entre-autre un opéra, un opéra comique, une trentaine d’airs, duos, trios et quatuor, une petite dizaine de messes, quelques rares motets et psaumes, et un recueil intitulé Sonate a tre stromenti, violino primo o flauto, violino secundo, basso. Ces manuscrits sont conservés à la bibliothèque du Conservatoire royal de Liège dans le Fond Terry. Ce n’est qu’à partir de 1764 qu’il va publier ses oeuvres de façon plus suivie. Des dix ouvrages édités, seuls trois nous sont parvenus. Herman-François Delange s’est éteint le 27 octobre 1781 laissant une œuvre de style galant aux mélodies raffinées et plaisantes, traçant modestement un pont entre l’ancien style baroque et l’avènement du classicisme. Les quelques pages qui nous sont parvenues témoignent d’un véritable talent et établissent Delange comme un jalon dans l’évolution de la musique de chambre dans notre pays qui méritait d’être sorti des cartons. Nous ne pouvons que déplorer la disparition des opus 7, 9 et 10 qui nous privent de 18 symphonies, auxquelles il faut ajouter les opus 2, 3, 4 et 5 dont les contenus nous sont totalement inconnus.
Bernard Mouton
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Herman-François Delange (1715-1781) Triosonata quinta en do majeur Andantino Allegro Fuga Herman-François Delange (1715-1781) Triosonata seconda Largo Allegro Presto Herman-François Delange (1715-1781) Sonata III pour flûte et basse continue Adagio Allegro Aria vivace Herman-François Delange (1715-1781) Triosonata sesta Largo Allegro Presto |