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back VEN 09.07 2010 next
C Conservatoire
Ana Marjanovic violon
Luc Devos piano
Photo
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Ecrite au début de l'été 1975, la sonate pour alto et piano est la dernière œuvre que Chostakovitch ait achevée; de forme tout à fait composite, elle semble ne répondre à aucun plan précis, juxtaposant au fil des mouvements des atmosphères mélancoliques et crépusculaires plus ou moins enchaînées.

Le premier mouvement, le plus audacieux dans son inspiration et dans son écriture, le plus moderne en quelque sorte, est basé sur un matériau thématique très abstrait, opposition entre le legato du piano et les cordes pincées de l'alto. Les deux instruments s'observent plus qu'ils ne dialoguent, établissant en quelque sorte deux soliloques parallèles, qui se superposent sans se rejoindre jamais.

Le deuxième mouvement semble avoir été écrit quarante ans auparavant, lorsque Chostakovitch se plaisait à prolonger le style de Prokofiev; c'est qu'il reprend très largement des pages que le compositeur avait écrites pour un opéra demeuré inachevé, Les joueurs, d'après Gogol. Ce retour aux sources, chez un compositeur déjà âgé, a quelque chose d'attachant mais paraît bien anachronique dans une œuvre de 1975. Le mouvement est marqué par l'alternance entre une petite danse mécanique un peu boiteuse et une mélodie vibrante, exposée à l'alto.

Le troisième mouvement est une suite de citations, de souvenirs et d'emprunts, comme si le compositeur se remémorait dans sa dernière œuvre les sources mêmes de l'inspiration de toutes ses périodes successives. Il commence par une citation de la Sonate au clair de lune de Beethoven, dont on retrouvera plus loin quelques accords empruntés à sa cinquième symphonie, se poursuit avec des citations du Concerto à la mémoire d’un ange pour violon d'Alban Berg, des réminiscences de la Quatrième symphonie de Tchaïkovski, d'une mélodie de Rachmaninov et quelques transitions empruntées à Wagner. Ce discours hétéroclite prend cependant de l'ampleur, de la distance, s'élève comme un chant de l'aube, hommage dérisoire à la musique toute entière, et marque de sa mélancolie profonde le chant pathétique de l’alto et les sonorités sombres du piano.


Claude Jottrand
Dmitri Chostakovich (1906-1975)
Sonate pour alto et piano, op.147
Moderato
Allegretto
Adagio