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Edito
Un souvenir fort et immatériel

Qui nous aidera à reconstituer la programmation du premier festival des Midis-Minimes ? C’était en 1986. Cette année-là, entre la décision de créer le festival et le premier coup d’archet – celui de l’Orchestre de Chambre de Wallonie, qui ouvrit le feu avec des mélodies « arrangées » des Beatles…-, il n’y eut que six semaines, juste le temps de bricoler une affiche historique - devenue objet de collection - et d’éditer mille folders mentionnant les concerts de juillet (on n’avait pas eu le temps de programmer plus avant…). A la mi-juillet, parut une seconde série de folders mentionnant les concerts d’août. Chaque jour, une page « stencyilée » était remise au public, de quoi découvrir la biographie des musiciens et suivre l’ordre du programme. Ces maigres publications ayant disparu, il ne nous reste aujourd’hui que des souvenirs éblouis… Nous pensons qu’il en fut de même pour le public, passé en quelques jours de dix à cent et faisant bientôt église comble, et pour les artistes, qui jouèrent uniquement pour le plaisir, avec ferveur et sans cachet.
Vingt-cinq ans plus tard, sans pouvoir reconstituer intégralement cette fameuse première édition, nous savons que celle-ci marqua le début d’un changement profond du paysage musical belge. Bien sûr, le festival ne fut pas seul, mais, en « minime », il représenta - et souvent anticipa – la découverte des nouveaux talents, la juste remise à l’honneur de magnifiques musiciens belges, l’élargissement décisif des répertoires, la richesse des musiques extra-européennes, la vitalité des jeunes orchestres.
Grâce à des aides ponctuelles, mécénats ou ambassades, quelques vedettes venues de l’étranger renforcèrent l’impression que, sous ses dehors modestes, le festival se plaçait sous le signe de l’originalité, de l’exigence, de la qualité, et pouvait dès lors « jouer dans la cour des grands ».
En 1990, le mécénat de la Winterthur permit un nouveau bond en avant, associé à la direction artistique avisée de François-Emmanuel de Wasseige. Et lorsque Bernard Mouton lui succéda, en 2001, ce fut le départ d’une nouvelle dilatation spatio-temporelle de la programmation, prolongée par la fondation de deux festivals cousins, à Louvain et à Wavre. Avec, pour heureuse conséquence, l’affluence toujours plus grande d’un public toujours plus large.
Aujourd’hui, quittant l’église qui la vit naître avec une pointe de nostalgie, la branche bruxelloise du festival émigre au Conservatoire voisin, plus grand, plus aisé d’accès, et, par sa belle acoustique, favorable à la majorité des répertoires sans défavoriser les autres…
Enfin, l’occasion était belle, en cette année anniversaire, de publier à l’intention de notre cher public un album souvenir, musical évidemment. Dans un coffret de cinq cd – déclinés selon l’organisation traditionnelle de la semaine festivalière - on y retrouvera une sélection de captations significatives, avec leurs vibrations et leurs imperfections, reflets heureux de la vie qui anima, en direct, plus de mille concerts.

Opus 3